L'entrée


Cela fait trois ans que j'ai repris zazen, à l'âge de soixante ans.
J'avais un peu pratiqué pendant un an, à Toulon, trente ans auparavant. Mais j'avais arrêté. Pas pour moi, ce truc bizarre.
Et j'ai repris trente ans plus tard.
De toute façon, le temps n'existe pas pour Zazen.
Mais je continue de râler et renâcler devant zazen comme un enfant qui tire la main de sa mère et refuse d'aller à l'école ou un cheval qui ne veut pas entrer au paddock.
Une vieille habitude, un refus de dire oui.
Pas tout le temps, bien sur. A qui s'adresse ce discours ? un vieil analysé comme moi devrait le savoir. J'y vois bien papa ou maman pointer le bout de leur nez mais qu'est ce que cela change ?
Tout ce noir, toute cette rigueur, j'en ai marre !
Tous des crétins, le nez face au mur ! etc.. etc ...
Douter, c'est ma pancarte. Quelle est la vôtre ?
Et pourtant, j'y retourne.
Que pourrais je faire d'autre ? C'est la chose la plus sensée de mon existence, cette acte insensé de se planter face au mur.
Non seulement ça mais je dirige des zazen. Diriger, conduire, quel mot trouver pour définir cela : emmener et aller avec les autres du début à la fin d'un zazen, assis à la place du godo, de l'enseignant. On fait alors zazen face aux autres, un autre mur.
"Tu tapes la cloche" m'a dit Jean Claude et ça me convient comme définition. De toute façon, il n'y a rien à enseigner ni a apprendre. Rappeler la posture et les règles dans le dojo. Le lieu de la Voie. Mais on entre comment ?
...........
Ce matin, sur la page Facebook de Montagnes et forêts du Zen, je tombe sur ce petit poème.

"Une pensée fondée sur la confiance
telle est l'origine
de l'entrée sur la Voie

Après dix mille vies
On s'afflige d'avoir égaré sa nature d'Eveil
et d'être en maints endroits
couverts de poussière

A chaque instant reverdissent les herbes folles
chaque jour repoussent les fleurs sauvages

une immense nostalgie nous envahit
et nos vêtements s'alourdissent de larmes

la brume s'enroule autour des pics paisibles
la mousse tapisse les trois sentiers profonds."

Les larmes me viennent en lisant ce texte.

Je la connais si bien cette immense nostalgie qui parfois fait surface en moi, inconsolable.
Un mot d'amour, un seul ! Comme Nougaro et sa plume d'ange.
Comme, enfant, la petite lampe rouge dans l'église. La présence de Dieu.
En grandissant, je l'ai enfermée cette confiance. Ils m'ont bien eu, ils ne m'auront plus !
Les zenistes comme les autres, plus question de croire. Comment peut-on croire en ce monde de carnages ?
Mais ce n'est pas de cela dont il s'agit, bien entendu.
Tu ne vois plus le soleil mais il n'a pas disparu.
Confiance.
Après dix mille vies.
L'entrée sur la voie. 












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