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Qu'est-ce-que-le-zen ?


C'est la question.
A celle-ci, les maîtres zen répondaient souvent par un coup d'éventail ou par une phrase sans sens commun. "Le pin au fond du jardin".
ou
 - tu as mangé ?
 - oui.
 - alors, vas laver ton bol.

"Qu'est ce que le Bouddha ?"
"Une spatule à merde." répondit le maître.
version plus douce : "une livre de lin."

Zazen est le zen. Une façon de s'asseoir si simple qu'elle en devient immensément complexe.
Une confrontation directe avec le Rien.
Dans nos civilisations, le Rien n'existe pas. Il nous faut toujours avoir un but à réaliser, un projet à planifier, un effort à faire, une jeunesse à conserver. Et puis, produire et consommer.
C'est le grand rêve éveillé. L'inverse de l'éveil.
Alors, Rien, comment ça rien ?
Vous devez bien faire cela pour quelque chose. Pour obtenir plus de bien-être, moins d'angoisse, plus de santé, plus de sagesse. Et si ce n'est pas plus, au moins un peu. Un petit quelque chose ou un grand truc. L'éveil.
Le zen répond "Nada". Niet, que dalle, que d'chi ! Peau de balle.
Rien à atteindre, rien à obtenir, rien à faire, tout à être.
Attention, pratiquer zazen n'est pas anodin. Si vous vous y tenez suffisamment longtemps, il y a risque de décollement du moi et même d'évaporation.
Le moi dans les genoux, puis dans le dos, dans les reins, le cou, les mains, le ventre et... et la tête, alouette !!
Nowhere to run, nowhere to hide, comme on dit dans les vieux blues.
Nulle part où se cacher sur le zafu. Mais ne vous cassez pas la tête, ça se fera tout seul. ça se fait d'ailleurs depuis le début. Bien avant qu'on vous donne un nom et que vous nommiez les choses. Bien avant l'avant. Vous êtes Tout, vous êtes Rien. Vous êtes Dieu et son chien.

Le cinquième patriarche du chan, Hong-jen, qui ne voyait personne d'éveillé parmi les moines de son monastère et sentait approcher la fin sans pouvoir désigner son successeur, lança un concours parmi eux.
Chacun devait s'efforcer d'exprimer sa compréhension du Zen, en composant un poème et en l'écrivant sur un des murs du temple.
Le plus doué des moines, Chen-sieou, écrivit :
 "Notre corps est l'arbre de l'Eveil
Notre esprit est comme un clair miroir
Efforcez vous de le polir toujours
Sans laisser de poussière se déposer sur lui."
 Hong-jen, jugea que ce poème, bien que profond, n'atteignait pas la vraie compréhension du zen.
 Or, depuis quelques mois, résidait au monastère un novice d'origine modeste, nommé Houeï-Neng. Il était assidu et vaillant et travaillait aux cuisines, à broyer le riz. Ayant lu la strophe de Chien-sieou, il composa en cachette cette réponse :

 "A l'origine, il n'y a pas d'arbre de l'Eveil
Ni non plus de clair miroir
Je suis depuis toujours l’Absence absolue
 Où la poussière pourrait-elle s'amasser."

Hong-jen reconnut en lui son successeur.

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