Escargots tout chauds
En zazen, penser à penser du fond de la non-pensée. Noté sur mon pense-bête.
Les mots décrivent les ornières où nous déambulons, tels des escargots dans le canyon laissé par un trait de pelle dans le jardin.
“Quand sortirais-je de là ?” se demande l’escargot avant qu’une botte distraite mais néanmoins compassionnelle ne le réduise en miettes.
Il me faudrait le regard de l’aigle, comme dans le livre d’Henri Gougaud; “Les sept plumes de l’aigle.”
Comme en zazen, mon bavardage d’écriture s’épuise lentement.
Il en aura fallu du temps.
Sur le coussin, si on s’y tient, les pensées finissent par s‘épuiser.
Elles se lassent, elle se cassent.
Où sont les horizons lointains qu’on leur avait promis ?
Où sont les cieux d’éternité et la compréhension de toutes choses ?
Où sont la bonté et la compassion ?
Il ne reste que quelques vieux pets et un dos qui fait mal, à moins que ce ne soit un genou ou le bassin. “Penser à racheter du kapok, ce zafu est trop bas.” Bip… Bip…
Je pique du nez.
Le soir, c’est souvent comme ça.
Mes mains s’ouvrent et ça me réveille.
Où suis-je ?
Comme disait Serge Gainsbourg.
"Vroom vroom me voici rose zinc
Avion fantôme hou hou
Aéroplane vieux coucou
Dont l'altimètre se déglingue
C'est à peine si je distingue
Les balises du terrain où
Je me pose en casse-cou
J'alanguis dans la nuit buccale
Où je vais transiter un coup
Serai-je chez les cannibales
Une haleine de peppermint
M'envahit le cockpit ding ding
Je me sens vibrer la carlingue
Se dresser mon manche à balou
Dans la tour de contrôle en bout
De piste une voix cunilingue
Me fait "glou glou Je vous reçois cinq sur cinq"
Mais qu'est-ce que c'est que ce trou
Perdu suis-je en pays zoulou
Mais non voyons suis-je dingue
Je suis à Marilou"
Ah oui, dojo, zazen.
Mais je n’y arriverai jamais, c’est impossible.
La présence, la présence, engagez vous dans la présence qui disaient.
Mais enfin, les gars, ce bouddha, on ne sait même pas s’il a existé.
C’est un peu comme Jésus.
Et là, dans l’oeil de votre voisin de sangha, vous sentez l’odeur du brasier où il vous ferait bien rôtir, sale hérétique.
Et toc, démonstration par l’absurde.
Grattez un peu les certitudes, les “c’est comme ça le bouddhisme et pas autrement” et vous aurez des surprises.
Certes, la provocation est un art subtil et j’ai n’ai pas la maîtrise d’un Serge Gainsbourg, mais j’avoue que ça me démange souvent.
Les gens qui veulent faire le bien de l’autre sans lui demander son avis m’ont toujours stupéfait. C’est de la graine d’Hitler qui se pense baignée d’innocence.
Ils sont sur la voie et ils vont vous l’expliquer et même vous la faire rentrer dans le crâne avec compassion, bien entendu.
J’ai même entendu : “Non, mais ces gens là, ils sont trop dans l’ego, tu ne peux rien faire.”.
J’ai attendu en vain que celle qui venait de dire cela, éclate de rire ou que je vois dans son oeil une lueur malicieuse signalant l’auto parodie, la distance. Je blague, quoi !
Et non, rien ne vint et elle resta sérieuse comme un jour sans pin. Oui, oui, j’ai bien écrit pin.
Revenons à nos zafus.
Parfois, plus rien. La grenouille a sauté dans l’étang, plouf.
La respiration, la rrreeessspppiiirrraaatttiiioonnn est devenue tout.
Elle a fait taire les pensées et, dans l’arrière cour de mon intériorité (j’aimerais bien la croiser celle là..), une porte dérobée s’est ouverte.
Je l’ai su parce que j’ai senti le courant d’air d’infini me chatouiller le nombril.
Je le sais bien que tout est là, comme l’air que je respire.
Je ne peux pas fabriquer, faire, l’air que je respire.
Et la nuit, quand “je” dors, le corps, lui, respire.
Ou appelez cela comme bon vous semble. “Le moi n’est pas maître en la demeure.”.
C’est une citation de Sigmund Freud. Le moi, c’est l’autre, les autres.
C’est aussi ce que montre le zen.
Certes, il y a bien une personne se reconnaissant en tant que telle et ce, jour après jour, tant que le cerveau n’est pas endommagé.
Mais c’est une construction bâtie sur le souvenir et les expériences refoulées.
En pilotage biologique automatique, voir Henri Laborit et d’autres à ce sujet, nous vivons, petits padawans !
Le plaisir m’attache et je m’attache, à moins que je ne m’attache en m’attachant.
Je suis les autres, pas moyen de faire sans même si faire avec est souvent délicat.
En zazen, on peut arrêter tout ce bazard, comme dirait les Belges.
Au début, on ne l’entend pas, on ne le sent pas.
Puis, de zazen en zazen, on sent bien que quelque chose s’efface et qu'apparaît une autre présence. Dans la vie quotidienne, on n’y croit plus trop aux trucs du moi ou de l’ego, ça tombe, ça s’écroule. On a beau s’y accrocher de toutes ses forces, à en tomber malade parfois, ça s’en va.
Et ce n’est pas facile à vivre, cet abandon.
Trahir son moi, qui plus est sans le prévenir, n’est pas sans risques.
Il peut se pétrifier d’un coup, stratifié dans LA VOIE, détenteur des préceptes et ça ne rigole pas.
Un bon coup de pied au zafu peut suffire, mais c’est rare.
Le jet de dolmen est parfois nécessaire mais les bons jeteurs sont rares.
Continuer, laisser tout brûler, qu'il ne reste que l'absence éternelle.



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